Cinéphile m'était conté ...

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Inédits


Le fils (Bosnie)

Le fils (Sin), Ines Tanovic, Bosnie-Herzégovine, 2019

C'est un conflit qui agite les protagonistes de Sin (Le fils), le deuxième film d'Ines Tanovic mais celui-ci n'a rien à voir avec la guerre en ex-Yougoslavie. Il est générationnel et oppose parents et enfants, dépassant largement le cadre de la Bosnie. Ce qui n'empêche pas la réalisatrice de bien ancrer son récit dans Sarajevo, personnage à part entière du long-métrage. Ines Tanovic fait preuve d'une grande maîtrise dans sa narration, procédant par petites touches, alternant moments doux et scènes intenses comme celle, irrespirable, de la roulette russe. L'interprétation, notamment celle du jeune héros, est sans doute le principal point faible mais rien de rédhibitoire pour une évocation sensible de ce que ressent aujourd'hui un garçon de 18 ans à Sarajevo.

 

 

Note : 7/10

 

 


16/02/2020
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Cendres (Equateur)

 

Cendres (Cenizas), Juan Sebastian Jacome, Equateur, 2018

Il pleut des cendres sur Quito alors qu'un volcan se réveille. Une métaphore pour évoquer la relation renouée entre un père et sa fille, des années après la fuite du premier. Des rapports difficiles qui dissimulent une révélation qui ne vient que très tard dans le film et qui suscite des interrogations. Il ne se passe presque rien dans Cenizas, qui s'achève au bout de 80 minutes seulement. Le secret entre les deux personnages principaux est définitivement percé même s'il reste l'ombre d'un doute. Dans son minimalisme intégral, le film ne parvient pas à susciter une attention réelle. Trop de non dits, pas assez d'intensité, malgré le sujet. Dommage également que l'atmosphère de fin du monde n'ait pas été davantage exploitée.

 

 

Note : 5,5/10

 


12/02/2020
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La mauvaise nuit (Equateur)

La mauvaise nuit (La mala noche), Gabriela Calvache, Equateur, 2019

Sur le plan de la mise en scène, La mala noche, le premier long-métrage de l'équatorienne Gabriela Calvache est irréprochable. Même remarque concernant l'interprétation et notamment celle de l'héroïne, dans le rôle d'une prostituée vieillissante qui continue à travailler pour payer le traitement de sa fille malade. Le film suit sa trajectoire mais aussi celle d'un "client" qui va l'aider et celle d'une fillette kidnappée par un réseau de prostitution. La narration réunit assez habilement ces trois destins en un final digne d'un thriller, angoissant et tout de même très appuyé. Tout comme l'aspect mélodramatique de certaines scènes qui n'ont pas la subtilité pourtant appréciable pendant les 3/4 du film. Celui-ci, très documenté, reste cependant très efficace dans sa dénonciation d'un fléau (l'esclavage sexuel), très présent en Amérique latine. Le film a représenté l'Equateur pour l'Oscar 2020 du meilleur film international.

 

 

Note : 6,5/10

 

 

 


11/02/2020
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Ce n'est pas un enterrement, c'est une résurrection (Lesotho)

Ce n'est pas un enterrement, c'est une résurrection (That is nont a Burial, it is a Resurrection), Lemotang Jeremiah Mosese, Lesotho, 2019

Le village s'appelle Nazareth, au nord du Lesotho, ce singulier pays enclavé en Afrique du Sud. L'histoire est celle d'une très vieille femme, qui vient de perdre son dernier fils, et qui n'aspire plus qu'à mourir et à reposer près des siens, au cimetière. Un souhait mis à mal par un projet gouvernemental de construction d'un barrage qui inondera le village. Superbement mis en scène, le film est très exigeant avec sa narration teintée de réalisme magique. Mais sa puissance d'évocation et son attachement viscéral à la tradition face au progrès qui n'est autre que "la volonté de l'homme de domestiquer la nature" en font un spectacle impressionnant malgré quelques longueurs et une opacité relative.

 

 

Note : 6/10

 


10/02/2020
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Climatiseur (Angola)

Climatiseur (Ar condicionado), Fradique, Angola, 2020

Tous les climatiseurs de Luanda sont en panne et tombent dans la rue, alors que la chaleur étreint la ville. Insolite fable angolaise, Ar condicionado, le premier long-métrage de fiction de Fradique est constamment énigmatique et entraîne dans un réalisme magique très stylisé. De belles images et une très bonne musique originale pour ce qui ressemble à une sorte de rêverie dans laquelle les inégalités sociales et les souvenirs de la récente et longue guerre civile ne sont pas absents. Les protagonistes dialoguent parfois sans avoir besoin de parler, par télépathie, entre autres bizarreries. De la SF si l'on veut, poétique, nonchalante et alambiquée qui laisse un peu perplexe, à moins, sans doute, de bien connaître le passé et le présent angolais.

 

 

Note : 4/10

 


09/02/2020
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Psychobitch (Norvège)

Psychobitch, Martin Lund, Norvège, 2019

On le voit venir de loin le scénario de Psychobitch, menaçant d'être une énième resucée des films d'adolescence/apprentissage. Avec un garçon bien sous tous rapports, 15 ans et cochant toutes les cases pour être aussi populaire en famille qu'au collège et son exact opposée, une fille solitaire, excentrique et suicidaire, en conséquence ostracisée et méprisée. Oui, on imagine bien que ces deux là vont fatalement finir par s'aimanter et s'influencer mutuellement. Le cinéaste norvégien Martin Lund ne rejette pas les poncifs du genre mais s'en sert subtilement pour y apporter des nuances dans un cocktail malin d'ironie et de tendresse pour cet âge ingrat. Le film fait l'éloge de la différence et de la révolution intérieure que chacun doit faire pour trouver sa propre voie, quitte à ce qu'elle ne soit pas la plus conventionnelle qui soit. Les jeunes acteurs sont d'une grande justesse et le cinéaste décrit parfaitement ce que doit être la vie dans une petite ville norvégienne, entre ski de fond et rêves de voyage en Inde. Pour les spectateurs qui ont largement passé le cap des 15 ans, le film convoque avec bonheur et acuité un certain sentiment de nostalgie mêlé à celui, tout aussi réconfortant, de ne pas avoir à revivre cette période ambigüe et inconfortable.

 

 

Note : 7,5/10

 

 

 


04/02/2020
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Nova Lituania (Lituanie)

Nova Lituania, Karolis Kaupinis, Lituanie, 2019

En 1938, la république de Lituanie a fêté son 20ème anniversaire alors que la situation européenne fait craindre que le pays ne soit voué rapidement à disparaître, victime de l'appétit conjoint de l'URSS et de l'Allemagne. Dans ce contexte, apparait l'idée un peu folle d'un géographe qui suggère de créer une Lituanie "de secours", quelque part, outre-mer. Il y a quelque chose d'inquiétant et en même temps d'absurde dans le scénario du premier film de Karolis Kaupinis. Mais avec son austère format carré et son image en noir et blanc, le film ressemble à une satire qui se prend trop au sérieux et suscite un ennui pesant, dès lors que le cinéaste ne se départit jamais d'une gravité accentuée par des dialogues sans relief et des scènes répétitives du ménage déliquescent du géographe, mises en parallèle avec la situation dégradée du pays. Y aurait-il là une tentative pour nous alerter sur la montée des fascismes à notre époque et la fragilité des démocraties ? C'est possible mais la démonstration est trop laborieuse et froide pour susciter un vrai intérêt.

 

 

Note : 3,5/10

 


04/02/2020
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Dernière visite (Arabie Saoudite)

Dernière visite (Akher ziyarah), Abdulmohsen Aldhabaan, Arabie Saoudite, 2019

En route pour le mariage d'un ami, Nasser et son fils adolescent changent de direction pour se rendre au chevet du père mourant du premier. Présenté aux festivals de Karlovy Vary et de Marrakech, le film  se caractérise par ses nombreux non-dits, ses ellipses et ses silences mais aussi par l'absence totale de femmes, hautement symbolique, alors qu'un conflit semble miner les relations de Nasser et de son fils rebelle qui sont incapables de communiquer. Presque rien ne se passe durant 75 minutes et le spectateur, faute de clés sur l'évolution de la société saoudienne doit se contenter de se fier à ses impressions fugaces. Avec hélas le sentiment de passer à côté de l'essentiel.

 

 

Note : 4/10

 


28/01/2020
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La longue marche (Laos)

La longue marche (Bor mi vanh chark), Mattie Do, Laos, 2019

Première réalisatrice du cinéma laotien, Mattie Do a déjà montré son savoir-faire et son goût des ambiances fantastiques dans son film précédent, Dearest Sister. La longue marche se déroule dans un futur proche et parallèlement, 50 ans plus tôt, avec des voyages dans le temps pour le personnage principal, toujours accompagné du fantôme d'une jeune femme dont l'âme n'a pas trouvé la paix, faute de sépulture décente. En voulant changer son passé, la conséquence est de bouleverser son futur, ce que le film démontre avec finesse mais aussi une grande opacité du récit qui altère quelque peu ses grandes qualités qui le font se rapprocher du cinéma de Weerasethakul. C'est brillant, souvent fascinant mais aussi en grande partie indéchiffrable.

 

 

Note : 6/10

 


28/01/2020
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Courir vers le ciel (Kirghizistan)

Courir vers le ciel (Jo kuluk), Mirlan Abdykalykov, Kirghizistan, 2019

Jekshen, 12 ans, vit dans un petit village kirghize. Doué pour la course, il y trouve son seul échappatoire face à un père alccolique et endetté. Mirlan Abdykalykov est le fils du plus connu des cinéastes kirghizes, Aktan Arym Kubat (Le fils adoptif, Centaure). Son deuxième long-métrage n'innove pas en racontant une histoire d'apprentissage de la vie pour un garçon obligé de grandir vite, avec des parents divorcés et un père incapable de remplir son rôle. Un thème classique pour un film doué de réelles qualités plastiques mais dont le récit recourt trop souvent aux ellipses pour totalement séduire.

 

Note : 6/10

 


21/01/2020
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