Cinéphile m'était conté ...

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Inédits


Lionheart (Nigeria)

 

Lionheart, Genevieve Nnaji, Nigeria, 2019

Star incontournable de Nollywood, actrice d'une bonne centaine de films, Genevieve Nnaji est une aussi une égérie publicitaire et une femme d'affaires avisée dont l'aura s'étend sur tout le continent africain. Son premier long-métrage en tant que réalisatrice, dont elle est aussi coscénariste et coproductrice, a été présenté à Toronto avant d'être distribué par Netflix. L'histoire de Lionheart est celle d'une société de transports en difficulté que la fille du chef d'entreprise va tenter de sauver avec l'aide de son oncle. On est là dans une comédie "feel good" avec quelques péripéties plus ou moins convenues et un message féministe assez évident. Bon rythme, mise en scène et interprétation correctes, le produit est parfaitement calibré et plutôt efficace. Le film parvient même à ne pas tomber dans le sirupeux, laissant la vie sentimentale de son héroïne de côté, au moins jusqu'au dénouement. Lionheart est agréable à regarder et suscite une grande sympathie pour son aspect volontariste et optimiste. Au passage, il délivre un message pas si commun sur la transmission d'entreprise, même s'il est un peu naïf.

 

 

Note : 6, 5/10

 


31/05/2019
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Pendule (Brésil)

Pendule (Pendular), Julia Murat, Brésil, 2017

Un couple d'artistes, elle est danseuse, il est sculpteur, partagent un immense loft. Travail et intimité créent des tensions. En juillet 2012, est sorti en catimini sur quelques écrans français un premier film brésilien somptueux : Historias. Sa réalisatrice, Julia Murat, a mis du temps avant de donner des nouvelles avec un deuxième film, Pendular, qui est loin de recréer le même enchantement. A vrai dire, il est même d'un ennui abyssal, semblant avoir la prétention de nous montrer ce qu'est le processus de création à travers deux personnages presque seuls à l'écran la plupart du temps. Impossible d'y parvenir, bien entendu, et Pendular n'est que répétitif et parfois embarrassant, dans plusieurs scènes de sexe ô combien superfétatoires. Les deux héros du film, hélas pour eux, ne sont ni sympathiques, ni chaleureux, ni charismatiques, ni séduisants. Leur corps à corps, artistique et sensuel, n'a quasiment aucun intérêt tant ils ne semblent absolument pas vouloir nous inviter dans leur petit monde égocentré.

 

 

Note : 3/10

 


14/05/2019
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Je rêve dans une autre langue (Mexique)

Je rêve dans une autre langue (Sueno en otra idioma), Ernesto Contreras, Mexique, 2017

Un jeune linguiste tente de réunir les deux derniers locuteurs d'une langue vouée à disparaître. Malheureusement, ces deux-là ne se parlent plus depuis 50 ans. Sauf erreur, le superbe Paupières bleues est le seul film du cinéaste mexicain Ernesto Contreras à avoir été distribué sur les écrans français. Je rêve dans une autre langue séduit d'abord par son thème, la mort d'une langue, et aussi de la culture et de l'environnement qui l'accompagnent, même si, finalement, le film nous embarque vers un autre récit, longtemps en arrière, d'une amitié entre hommes, teintée d'amour, qui s'est transformée en rancoeur recuite. Contreras fait preuve d'une grande délicatesse dans sa mise en scène et y ajoute une pincée de réalisme magique. L'idiome du village n'est finalement qu'un prétexte pour raconter une histoire qui rappelle, un peu, une autre qui s'est passée du côté de Brokeback Mountain. Mais comme la manière de faire est élégante et intelligente, on se laisse aisément émouvoir malgré quelques scories narratives.

 

 

Note : 7/10

 


16/04/2019
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Le cygne en cristal (Biélorussie)

 

Le cygne en cristal (Khrustal), Darya Zhuk, Biélorussie, 2018

Pendant 22 ans, la Biélorussie n'a choisi aucun long-métrage pour concourir à l'Oscar du meilleur film en mangue étrangère. Jusqu'à cette année, avec Khrustal, le premier film de Darya Zhuk. Il se déroule au milieu des années 90, à Minsk et dans une petite bourgade provinciale. Son héroïne est une jeune femme qui n'a qu'une envie : quitter son pays pour l'Amérique où elle espère devenir DJ. Face à elle, sa mère représente une génération attachée à ses racines, qui regrette (peut-être) les temps de l'URSS. Le film fonctionne sur le contraste entre les vêtements colorés de son personnage principal et la grisaille de la vie post-communiste. Le ton est sardonique mais le film ne s'engage pas franchement dans la comédie, restant le plus souvent entre deux eaux, moquant les lourdeurs administratives mais restant assez peu offensif dans son ton. La photographie n'est pas mal et l'interprétation correcte mais la mise en scène tout comme le scénario manquent de tonicité.

 

 

Note : 5,5/10

 


31/12/2018
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Pour une raison inexplicable (Hongrie)

 

Pour une raison inexplicable (VAN valami furcsa és megmagyarázhatatlan), Gabor Reisz, Hongrie, 2014

C'est vrai, on a l'habitude d'un certain type de cinéma hongrois et Pour une raison inexplicable n'entre pas du tout dans ce schéma facile. Son sujet, la vie d'un jeune adulte sans emploi, soutenu par ses parents et qui vient d'être quitté par sa copine aurait pu être tourné à Berlin, Tallinn ou Athènes avec très peu d'aménagements à faire dans son scénario et dans sa tonalité. Le film se veut une comédie existentielle avec les préoccupations d'un personnage qui ne sait pas trop quoi faire sa vie, entouré d'une bande de copains avec lesquels s'engagent des conversations sans fin avec un peu d'alcool pour faire passer la pilule amère du quotidien. C'est somme toute assez ennuyeux même si le film ne cherche pas à sortir d'une certaine modestie. Outre que l'histoire ne contient guère d'éléments susceptibles de la rendre passionnante, la mise en scène est sans grande imagination s'enferrant de temps à autre dans des scènes au ralenti sans qu'il n'y ait de raison particulière. Seule originalité : son générique de fin.

 

 

Note : 4,5/10

 


09/12/2018
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Mug (Pologne)

 

Mug (Twarz), Malgorzeta Szumowska, Pologne, 2018

Le film commence comme une comédie noire et caustique avec la description d'un petit village polonais où se construit une gigantesque Christ. Le héros, chevelu sympathique et rebelle, a envie de quitter cet environnement un peu trop paisible et conservateur à son goût. Mais l'accident qui l'oblige à une transplantation du visage, le faisant ressembler à la créature de Frankenstein, fait basculer le film vers le drame social avec de moins en moins de notes d'humour. Pire, il semble que la réalisatrice ne trouve plus de ligne directrice et se contente d'enregistrer les affrontements au sein de la communauté tandis que le personnage principal se sent de plus en plus ostracisé. Quelques scènes acides, critiques envers la religion, soutiennent encore un peu le film qui finit tout de même par se déliter totalement.

 

 

Note : 5,5/10

 


08/12/2018
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Pelote à épingles (Grande-Bretagne)

 

Pelote à épingles (Pin Cushion), Deborah Haywood, Grande-Bretagne, 2018

Dans la longue série des films traitant de l'adolescence, le britannique Pin Cushion se démarque largement de la moyenne. Par sa forme bariolée, proche du conte, qui entre en collision avec ce qui est narré, à savoir une histoire très cruelle de la méchanceté sociale envers des personnes qui ne correspondent pas à la norme. En l'occurrence, ici, une jeune fille aux cheveux carotte et sa bossue de mère, qui entretiennent des rapports fusionnels. Le propos, assez violent, est tempéré par des bouffées de fantaisie et une mise en scène imaginative. Le scénario n'est sans doute pas suffisamment abouti et le film ne réussit pas toujours à marier ses aspects réalistes et crus d'une part, et fantasmagoriques d'autre part, mais l'originalité de l'ensemble, malgré une brièveté du métrage (78 minutes), ne manque pas de séduction.

 

 

Note : 7/10

 


07/12/2018
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L'animale (Autriche)

 

L'animale, Katharina Mückstein, Autriche, 2018

Un film de plus sur l'adolescence et sa quête identitaire. A travers le portrait d'une jeune fille, garçon manqué, qui fréquente une bande de morveux qui aiment à terroriser leur environnement au guidon de leurs motos. L'on sait pertinemment que c'est l'âge des possibles, peut-être le moment de s'assumer enfin, y compris dans sa vie sentimentale avec son attirance pour le même sexe, depuis toujours refoulée. Le scénario juxtapose à son intrigue principale un autre récit avec la crise qui couve chez les parents de la jeune fille, le père ne voulant pas s'avouer ses penchants homosexuels. Tout ceci n'est pas très léger et c'est notamment ce que l'on peut reprocher au film, une certaine pesanteur et une volonté d'insister sur la psychologie hésitante de ses protagonistes. La banalité des dialogues et quelques effets clinquants de mise en scène, inutiles, contribuent à diminuer l'intérêt d'un film à la structure insatisfaisante qui procède souvent par raccourcis narratifs.

 

 

Note : 5/10

 


06/12/2018
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Ceux qui vont bien (Suisse)

 

Ceux qui vont bien (Dene wos guet giet), Cyril Schäublin, Suisse, 2017

Un film minimaliste, glacial, qui a l'aspect du béton, omniprésent. Et un monde désincarné où chacun n'est rien de plus qu'un numéro d'assuré social. L'intrigue principale, celle d'une escroquerie à des personnes âgées, n'a que peu d'importance : il s'agit avant tout de prendre le pouls d'une société déshumanisée, sans désir, où l'on discute de forfaits internet. Notre meilleur des mondes, avec ses banques, son climat sécuritaire, ses organismes de santé sophistiqués. Cyril Schäublin filme la plupart des scènes à distance, les personnages semblent perdus dans un environnement urbain où l'on n'entend que le bruit de circulation. C'est un film étrange, dans un univers contemporain aseptisé qui fait froid dans le dos. C'est le nôtre.

 

 

Note : 6,5/10

 

 

 


04/12/2018
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A contre-courant (Chine)

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A contre-courant (Chang Jiang Tu), Yang Chao, Chine, 2016

Un capitaine de cargo remonte le Yangtsé de Shanghai jusqu'à sa source. Dans chaque port, il rencontre une femme, toujours la même. La somptuosité de la photographie souvent nocturne du film phagocyte totalement un récit opaque dans ce "River Movie" qui offre un lent travelling intérieur d'une Chine en pleine mutation. L'atmosphère reste fascinante nourrie de mélancolie, de nostalgie, de quête spirituelle et de désir de pureté. L'alternative est simple devant A contre-courant : ou se laisser emporter par cette méditation visuelle et poétique ou trouver le temps très long devant un long-métrage contemplatif et aqueux qui garde son mystère quant à sa signification profonde.

 

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Note : 6/10


27/08/2018
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