Cinéphile m'était conté ...

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Inédits


Exil (Allemagne)

Exil, Visar Morina, Allemagne, 2020

Un ingénieur chimiste, d'origine kosovare, trouve un matin un rat mort dans son bureau. Parallèlement, il se se sent de plus en plus discriminé au travail. Exil est un film glacial et glaçant qui ne comporte strictement aucune scène légère. Les faits, a priori incontestables (trouver un rongeur décédé est la pire des souffrances pour un musophobe avéré), semblent alimenter la paranoïa du héros qui ressent une ostracisation constante au bureau. Celle-ci est elle réelle, le film ne donne pas de réponses mais accentue la tension de son personnage principal. Entre Haneke et Östlund, avec une touche kafkaïenne en plus, Exil ne laisse aucun répit et nous enferme dans une spirale qui semble infernale. Il est bien question de xénophobie mais aussi de perte d'identité, voire de début de démence. C'est à chacun de chercher ses propres explications dans ce long-métrage irrespirable et toxique.

 

 

Note : 7,5/10

 


21/04/2021
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La grande traversée (Etats-Unis)

La grande traversée (Let them all talk), Steven Soderbergh, Etats-Unis, 2020

Il suffit parfois d'un film pour comprendre que le cinéma vient de révéler un grand talent. Ce fut le cas avec Sexe, mensonges et vidéo de Steven Soderbergh et la quasi certitude d'avoir découvert un réalisateur dont il serait délectable de suivre la carrière au fil des années. Objectivement, Soderbergh, malgré quelques coups d'éclat, n'a pas su ni sans doute voulu devenir l'un des plus grands cinéastes de sa génération. Prenez La grande traversée, un film intelligent, assez subtil, mais dont le thème est plutôt ténu et pas entièrement traité et vous aurez une bonne idée de la relative déception qui est quand même assez souvent de mise avec le réalisateur de Traffic, surtout ces dernières années. Le sujet principal ne parlera pas à tous mais il aurait pu être intéressant : la manière dont un écrivain (une romancière en l'occurrence) se nourrit de la vie de ses proches pour alimenter son oeuvre, sans se rendre compte qu'elle peut blesser durablement ses modèles. Sur ce même sujet, l'auteur israélien Eshkol Nevo a d'ailleurs écrit un roman remarquable, par ailleurs hilarant. Ce n'est pas vraiment le cas de La grande traversée qui est constitué principalement d'une multitude de conversations entre différents personnages, qui ne sont pas toutes palpitantes, loin de là. La majorité des scènes se déroulant à bord d'un paquebot, c'est un peu La croisière discute, et il n'est pas question qu'un iceberg quelconque vienne mettre un peu de piment à l'affaire. Comme Soderbergh a un sens du rythme inné et a soigné son montage, l'on ne s'ennuie pas totalement et l'on sourit un peu avant d'être surpris par le coup de théâtre final. Et l'on a tout le temps d'apprécier le jeu de Meryl Streep, très sobre, de Diane West et de Candice Bergen. Sans oublier les plus dynamiques (car plus jeunes ?) Gemma Chan et Lucas Hedges, excellents tous les deux.

 

 

Note : 5,5/10

 


20/04/2021
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Nos secrets bien gardés (Etats-Unis)

Nos secrets bien gardés (The Secrets we keep),Yuval Adler, Etats-Unis, 2020

Dans l'Amérique du début des années 60, une femme croise un inconnu qui lui rappelle ses souvenirs douloureux de la guerre. Ce n'est pas qu'il y a un air de déjà vu dans The Secrets we keep, c'est surtout que le film en rappelle définitivement un autre, La jeune fille et la mort, au point de friser le plagiat. Qui plus est, on ne peut pas dire que le scénario soit très inspiré ni que la mise en scène de Yuval Adler (déjà peu convaincant dans The Operative) montre de grandes qualités. Le film laisse échapper beaucoup de pistes narratives autres que l'affrontement entre la victime et son présumé tortionnaire et le seul suspense, guère mis en valeur, consiste à s'interroger un temps sur l'état mental de celle qui est devenue bourreau. Tout semble plus ou moins écrit à l'avance, sans véritablement donner envie de s'intéresser à une histoire dont on ne ressent presque jamais le côté poignant. Parce que, dès le départ, et l'énorme hasard qui se produit, on n'y croit jamais vraiment. Par ailleurs, l'interprétation est correcte et la reconstitution d'époque, voitures et vêtements, assez plaisante.

 

 

Note : 4,5/10

 


17/04/2021
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Bad Luck Banging or Loony Porn (Roumanie)

Bad Luck Banging or Loony Porn (Babardeală cu bucluc sau porno balamuc), Radu Jude, Roumanie, 2021

Et dire que Radu Jude avait commencé par la réalisation de La fille la plus heureuse du monde ! Progressivement, le cinéaste roumain s'est libéré des contraintes de narration classique et n'hésite plus à manier la satire et le provocation, quitte à prendre les spectateurs à rebrousse-poil. En cela, Bad Luck Banging or Loony Porn, Ours d'Or à Berlin, outrepasse largement tout ce qu'il a tourné jusqu'alors. A partir de la Sex Tape d'une enseignante qui a fuité sur Internet, Jude analyse en profondeur la société roumaine, sous-entendant que la pornographie et la violence ne sont pas nécessairement là où le commun des mortels la voit. Le film commence par une vidéo amateur explicite et poursuit par une promenade dans Bucarest où l'on perçoit l'agressivité ambiante, dans le contexte de la pandémie actuelle, avec masques à la clé. La partie suivante, foisonnante, est une sorte de dictionnaire qui évoque tous les sujets possibles et imaginables, avec parfois des images d'archives, dans une posture très godardienne. Ceci avant de passer au jugement de l'enseignante par un tribunal populaire (un mot qui signifie quelque chose en Roumanie) composé de parents d'élèves. Les répliques fusent, montrant l'hypocrisie sociale, le négationnisme, le racisme, la misogynie et autres joyeusetés. Autant dire que le film est un fourre-tout pas facile à digérer qui, malgré ses fulgurances, est assez inégal, lesté d'outrances et volontairement grotesque et loufoque, par endroits. Pas un spectacle recommandable pour tous, sans doute, mais le genre d’œuvre qui ne se laissera certainement pas oublier facilement.

 

 

Note : 5,5/10

 


16/04/2021
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Mon année à New York (Canada)

Mon année à New York (My Salinger Year), Philippe Falardeau, Canada, 2020

Typique film d'apprentissage, My Salinger Year a pour atout de se dérouler dans la sphère littéraire des années 90 à New York. Plus précisément dans une agence qui embauche l'héroïne de cette histoire avec pour principale tâche de lire les nombreuses lettres adressées à leur "client' le plus prestigieux, à savoir l'icône Salinger, reclus depuis une trentaine d'années et qui ne publie plus rien depuis.. Le mystère autour de l'écrivain est un excellent moteur pour le film du québécois Philippe Falardeau mais le personnage principal est bien cette jeune femme, décidée à devenir écrivaine, et dont les épisodes sentimentaux n'ont que peu d'intérêt. Il y a cependant un petit charme "allenien" dans cette chronique légère qui comporte quelques bonnes idées mais manque quelque peu de fantaisie ou d'extravagance. Pas de quoi fouetter un chat, donc, mais un bon moment à passer avec l'exquise Margaret Qualley et son mentor, l'impeccable Sigourney Weaver.

 

 

Note : 6,5/10

 


14/04/2021
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Impetigore (Indonésie)

Impetigore (Perempuan tanah jahanam), Joko Anwar, Indonésie, 2019

Un petit film d'horreur javanais, cela ne peut pas faire de mal pour se changer les idées, le cinéma indonésien étant si peu présent sur nos écrans. L'histoire du village maudit d'Impetigore, où les enfants naissent sans peau, e complait d'abord dans le suspense, avec quelques grains d'humour dedans, avant de plonger dans l'horrible dans une dernière partie qui a le tort de verser dans le grand guignol sans trop de subtilité. Mais l'ensemble est plutôt satisfaisant avec un beau travail sur l'image et une violence souvent cantonnée hors champ. La mise en place est progressive et la construction plutôt intelligente, sans pour autant s'éloigner des canons du genre. La fin est particulièrement atroce mais il ne pouvait en être autrement dans un film où sauver sa peau et se préoccuper de celle des autres sont des maîtres mots.

 

 

Note : 6,5/10

 

 

 


13/04/2021
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Le brasier (Australie)

Le brasier (The Furnace), Roderick MacKay, Australie, 2020

A la fin du XXe siècle, en Australie, un jeune chamelier afghan fait route avec un voleur d'or. Sur le papier, ce western australien a bien des atouts, avec des personnages principaux originaux : un musulman, des chinois, des aborigènes, des sikhs ... sans compter des chameaux qui traversent le désert sans broncher mais non sans blatérer de temps à autre. Mais à l'écran, les ingrédients se révèlent assez artificiels pour une histoire languissante, sans vrais développements de caractères, où même les scènes d'action, particulièrement violentes, ne suscitent qu'un intérêt poli. A voir pour le dépaysement et la chronique historique, quoiqu'il semble bien que son authenticité soit largement sujette à caution.

 

 

Note : 5/10

 

 

 


12/04/2021
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Une seconde (Chine)

Une seconde (Yi miao zhong), Zhang Yimou, Chine, 2020

Le retour de Zhang Yimou au cinéma d'auteur, après quelques blockbusters, a connu bien des vicissitudes après la déprogrammation de dernière minute de One Second à la Berlinale 2019. Avec le retrait et l'ajout de plusieurs scènes, le film a finalement été projeté en Chine en novembre 2020. One Second est l'adaptation d'un roman dont l'action se situe durant la Révolution culturelle. Un film politique, donc, puisqu'il montre la propagande de l'époque à l’œuvre avec un projectionniste de cinéma qui vient éduquer les masses dans les villages les plus reculés. Mais le film, outre le fait d'être une "lettre d'amour au cinéma", selon les mots de Zhang, son Cinema Paradiso à lui, est aussi un magnifique récit dont une orpheline et surtout un évadé d'un camp de travail sont les héros. En contant les tribulations de ce dernier,, Zhang Yimou retrouve un sens narratif que l'on avit découvert avec Le sorgho rouge, à ses débuts. Les scènes de désert sont magnifiques mais ne sont rien à côté de celles où une centaine de personnes nettoient une pellicule abîmée pour pouvoir jouir de la magie du cinéma, aussi patriotique soit le film édifiant qu'ils vont regarder.

 

 

Note : 8/10

 


10/04/2021
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Une ancienne année heureuse (Thailande)

Une ancienne année heureuse (Happy old Year), Nawapol Thamrongrattanarit, Thailande, 2019

Comme le dit l'un des personnages de Happy old Year, tout le monde a un passé. S"en débarrasser, comme essaie de le faire l'héroïne du film, n'est pas chose aussi aisée. Les objets charrient des souvenirs, une photo, un piano, un tee-shirt ... Urbain et moderne, le film laisse échapper des moments de nostalgie qui créent une émotion qui va crescendo après un démarrage plus froid. Le rythme est volontiers languissant et c'est ce qui fait le charme d'un long-métrage où les non-dits ont au moins autant d'importance que les dialogues. Laisser les choses derrière soi pour entamer une nouvelle vie et mettre les choses accumulées à la poubelle sans remords est moins facile que de cliquer sur Delete. Happy old Year, tout en élégance et en douceur apparente, trouve la manière d'exprimer la profondeur des sentiments sans avoir l'air d'y toucher.

 

 

Note : 7/10

 


09/04/2021
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Terre (Etats-Unis)

Terre (Land), Robin Wright, Etats-Unis, 2020

Il est légitime de trouver des similitudes entre Into the Wild et Land, la première réalisation de Robin Wright. Mais au-delà, le second film possède sa propre musique et un cheminement logique pour une histoire somme toute classique de résilience et de guérison. Avant de devenir une ermite des montagnes, isolée volontaire et inadaptée face aux rigueurs de la nature, l'héroïne de Land a vécu un épisode tragique dans sa vie, que l'on à peu près deviné dès les premiers instants avec quelques flashbacks à la clé. Heureusement, le film n'abuse pas de ces retours en arrière, forcément dramatiques, et se complait dans une contemplation de la splendeur de l'environnement naturel et des dangers qu'il recèle, pour une recluse. C'est assurément un joli film, au scénario simple et presque candide, qui témoigne d'une certaine humilité de la part de sa réalisatrice. La mise en scène est discrète mais élégante et il n'y a pas d'e déplaisir à regarder les saisons passer, avec tout de même une évolution du récit dans sa dernière partie où l'émotion sera présente mais point trop appuyée. Rien de bouleversant donc, sur le fond et surtout sur la forme, mais une bouffée d'air pur et cette idée évidente, que l'on retrouve aussi dans Into the Wild, tiens donc, selon laquelle : "Le bonheur n'est réel que lorsqu'il est partagé."

 

 

Note : 6/10

 

 


05/04/2021
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